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Les Matériaux de Construction en Provence

Mise en œuvre et outils.

Abondante partout, dans le sol et en surface, la pierre locale a été le matériau de base le plus employé dans toute la Provence et cela depuis la protohistoire. Mégalithiques, Dolmens, Tumulus et Oppida en sont les exemples. Pour les Oppida on mettait en place des pierres plus où moins dégrossies, puis empilées à joint sec, de grosseur relativement importante formant muraille. Parfois leurs hauteurs pouvaient dépasser cinq mètres, (voir l’oppidum du Mont Major). Le début du premier millénaire avant J.C marque un net recul des peuples nomades au profit des sédentaires qui vont construire de véritables fortifications, notamment parmi certaines tribus Celto-ligure en Provence comme « les Salyens. » (Exemple : St Blaise près de St Mitre les Remparts, oppidum de Constantine étang de Berre). La pierre sera extraite dans les carrières de proximité puis façonnée sur quatre cotés, posée et jointe à l’argile.

Pour les sculptures et les monuments monolithes les Celto-ligure employaient du calcaire à grain fin très homogène et résistant dans la masse. Pour les statues par exemple on utilisait pour dégrossir, un marteau taillant puis une broche, (aiguille à pointe pyramidale utilisée par les tailleurs de pierre et les maçons). La finition se faisait en deux étapes avec un outil muni d’un châssis en bois sous lequel était sertie une série de lames dentées destinées à racler la surface de la pierre et à l’égaliser, en maçonnerie on appelle cet outil un chemin de fer. Ensuite on «égrisait » soit avec un bloc de grès ou autres pierres abrasives pour faire disparaître les traces des outils, (un exemple magistral gaulois que sont les statues de Roquepertuse en position de boudha à Velaux).

La même technique est employée aujourd’hui pour la finition des éviers en pierre dite de cassis). Dans le cas de la polychromie on utilisait un minéral quartzeux et de l’eau qui donne un glacé, puis si on devait y figurer des dessins géométriques les contours se faisaient alors en incisant la pierre au racloir en silex.

Pour l’assemblage de pièces de linteaux on creusait des trous cylindriques à l’aide d’une broche fine dite poinçon utilisée par les tailleurs de pierre : ciseau à bout rond. Vers le courant du dernier millénaire avant J.C. l’habitat s’intensifie, les Hellènes (grecs) apportent de nouvelles techniques de mise en place et d’affinage de la pierre. Puis les romains, ces grands bâtisseurs créeront de véritables écoles de métier. Ces métiers s’étendront sous l’empire dans la «Proviencia».

L’extraction de la pierre a toujours été libre, du moins jusqu’à l’ancien régime. L’approvisionnement se faisait au fil des besoins par le particulier où la collectivité. Au moyen-âge les chantiers importants tels que les châteaux, les enceintes des villages, l’autorisation de prélèvement se faisaient partout, sauf là où le sol était planté où semé.

Il y avait la pierre de blocage, qu’on pouvait tirer du sol, en faisant appel à de simples manœuvriers qu’on payait à la tâche, ou lorsqu’il s’agissait de corvées on les payait à la journée. Quant il fallait de la pierre façonnée on faisait appel à des ouvriers compétents comme les maçons « pierriers », tailleurs de pierre eux -même.

Ces hommes pouvaient aussi tailler des bards (dalles) où les cairons (blocs).

Pour la mise en place d’un pont, on creusait la roche en faisant appel à des artisans que l’on nommait « piereirons ». Le transport était assuré tout simplement par des charrettes qu’on louait, ou réquisitionnait selon les circonstances.

Pour la construction des églises on faisait appel à des artisans de qualité qui employaient la « talha », (pierre de taille) pour l’intérieur. Quant à l’extérieur et si c’était attenant au cimetière la pierre était la « pastorya », (blocage).

Jusqu’au XIIIème siècle la couverture des toitures consistait en un revêtement de dalles de pierre taillées, ou de tuiles (couverture dite à teule bagnat). Elles étaient posées directement sur l’extrados d’une voûte. Au préalable la surface de l’extrados avait était nivelée à l’aide d’une couche de terre battue et de mortier, on posait ensuite les dalles ou des tuiles superposées qu’on scellait avec un mortier, en prenant soin d’y rajouter des tuiles pilées ou de la porcelaine. Ainsi se faisait les couvertures des églises, des chapelles, des donjons et même des cabanons. Ce type de toiture se voit encore sur certaines églises dans le Luberon, ou sur des chapelles comme celle de Calés à Lamanon, Eygalières, Salon, Roquemartine à Eguières dans les Apilles, Sainte Trophine en Arles.

Sur le chantier pour le transport des pierres on utilisait des banastons « panier), ou des civières. Pour le levage on pouvait se servir de chevaux surtout si les blocs étaient trop importants. Des grues à roue étaient aussi utilisées.

Lorsque les fontaines apparurent dans les villages on employait pour leur construction des pierres dures dite « pierre froide » qu’on importait si nécessaire d’un terroir à un autre. Telle par exemple la pierre de Calissanne qui se trouve toujours au pied de l’oppidum de Constantine (Etang de Berre).

La terre argileuse, était aussi employée notamment pour des murs de clôture, ou des dépendances agricoles. La terre battue était montée en coffrage séparée d’un lit de mortier. Cela s’appelait la « Tapi ». Ainsi on pouvait boucher des vieilles murailles. De vieux murs d’enceintes pouvaient être colmatés. On utilisait aussi l’argile pour le nivelage des sols avant la mise en place de bards.

Le mortier est connu depuis la plus haute antiquité, la maçonnerie au mortier dite « à cans et arêne » (chaux de sable). Leurs lieux d’extraction abondent en Provence comme dans le lit des rivières, on le rencontre aussi dans certains sols, il provient alors de la désagrégation des grès et mollasses.

La construction des fours, et le bois de combustible, était un droit d’usage reconnu par les seigneurs aux communautés, sur les terres gastes (terre non cultivée).

On fabriquait la chaux au coup par coup on la partageait au prorata des désirs et des moyens de chacun. Le maître fourcaussenier assurait la surveillance de la cuisson, cette chaux obtenue était une chaux hydraulique appelée au XVIIIème siècle chaux gipouse. On s’en servait pour les enduits des aqueducs, des citernes, bassins, et pour la confection des enduits des façades. Les fours à chaux disparurent au XIXème siècle, ils ont laissé peu de trace.

Sur le plan pratique la mise en œuvre du mortier de chaux et sable était un matériau coûteux ; le mortier gâché (pasté) quelques jours avant puis mise en tas . La « mescla » était alors prête à l emploi.

On connaît deux sortes d’enduits en Provence enduit dit « pierre à vue » destiné à remplir les interstices sans les recouvrir ; ce type d’enduit très ancien était employé pour les constructions modestes. A l intérieur on bourrait le mur de pierres de tous calibres complété d’un mortier d’argile ou de terre avec quelques poignées de chaux. Ce mortier était appelé « mortier d’Agasse », un deuxième enduit venait alors recouvrir la totalité de la maçonnerie. Il était tantôt blanchi ou coloré au lait de chaux pur ou additionné d’ocre ou de bleu de lessive.

Le sulfate de chaux ou de gypse existe à l’état naturel un peu partout en Provence. Localement appelé Gip, il était connu sous le dérivé jepols (pierre blanche et crayeuse). Les artisans s’appelaient des gipiers, la technique de fabrication, et sa mise en œuvre impliquait une main d’œuvre spécialisée et était réservée aux demeures de luxe. C’est à partir du XXème siècle que le gypse s’étendit aux habitations modestes.
La terre cuite que tout le monde connaît, surtout sous la forme de tuiles rondes fabriquées massivement à Marseille à partir du XXème Siècle. Bien que mentionnée à partir du XIVème siècle, elle était employée bien avant pour les toitures de certains castrums. Elle était souvent fabriquée sur place à proximité de bac d’argile, et de terrain boisé pour le combustible. Dans toutes les communes on trouvait une ou plusieurs tuilières, beaucoup de lieu dit en Provence s’appellent « la Tuilière ». La tuile ronde apparaît pour la première fois en Mésopotamie au Moyen-Orient et en Chine.

Les tuiliers travaillaient sous contrat de 1 à 5 ans. En fonction de ses besoins une communauté pouvait faire appel pour un temps à ces artisans seuls capables d’assurer l’affinage de l’argile, le moulage et la cuisson. Parmi les fabrications de tuiles il y avait la tuile plate « alla fayson de sarrazine » il s’agissait de tuile à crochet dite tuile sarrazine de type antique elle mesurait 50cm de long sur 25 de large, faite de rebords latéraux de 4cm ; Pour faire une toiture on employait le terme faire une « Taulisse ». La tuile plate ou « Tégula », et d’origine romaine elle sert toujours de couverture notamment en Italie. La tuile plate est originaire de Bourgogne.

Les carrelages du sol apparaissent au XIVème siècle, et ne se répandront que dans le sol des églises au XVIIème siècle ainsi que pour les escaliers. A la fabrication des tuiles se rajoutera celle des mallons.

La maçonnerie dite légère faite de bois, plâtre et carreaux de terre cuite s’est généralisée au XVIIIème siècle.